Si vous ne pouvez pas visualiser ce mail correctement, vous pouvez le consulter sur Internet à cette adresse :
http://www.n-pi.fr/pub/mailing/archives/newsletter-npi-du-3-mai-2010/

Blocage de l'écluse de Thionville : «Nous irons jusqu'au bout».

Vendredi 30 avril, 14 h 30. Ecluse de Thionville. Le calme... avant la tempête ?

Le «Milwaukee» de Silvio Ferré est amarré en amont de l'ouvrage depuis deux jours. Seuls les bateaux de plaisance peuvent encore passer. Les autres, les bateaux de commerce, pour la plupart néerlandais, s'accumulent de part et d'autre de l'écluse et prennent leur mal en patience.

«Je n'ai jamais été pour les grèves et les blocages. Mais lors de la dernière réunion de La Glissoire, il fallait un volontaire pour bloquer la Moselle, au même titre que le réseau du Nord. Il n'y a plus beaucoup de bateliers français sur ce bassin, aussi je me suis proposé. La situation est trop grave», explique S. Ferré.

Comme bien d'autres bateliers, Silvio n'est pas féru d'action syndicale. La Glissoire, il l'a rejoint il y a 3 mois, lorsque le mouvement de grogne a commencé sur les canaux français. Il a acheté son bateau actuel, le «Milwaukee», il y a deux ans, avec 30% d'apport personnel. «Avec les conditions d'exploitation que l'on a aujourd'hui, ce ne serait plus possible. Les taux de fret sont devenus trop bas pour permettre de financer son bateau». Batelier du Nord, Silvio a rejoint les bassins du Rhin et de la Moselle il y a 6 mois, dans l'espoir d'y trouver davantage de voyages. A plusieurs reprises cependant, il a refusé de charger, lorsque les frets pour la Moselle sont descendus à 3,50 €/t.

A Thionville, plusieurs de ses confrères se relaient pour le soutenir. Venus du Nord pour la plupart, ils ont laissé leur propre bateau sur place. Il y a même un Belge dont le bateau est bloqué à Apach. Entre organisation de l'hébergement, du ravitaillement, des échanges d'information, c'est presque une logistique d'état de siège qui se met en place.

Solidaires ? Oui, mais...

En face, il est difficile, parmi la dizaine de bateau en «repos forcé», de trouver un interlocuteur prêt à s'exprimer. Frans Verlaan, le patron néerlandais du «Gottardo», est d'accord pour estimer que la situation actuelle «n'est pas normale. Avec les frets qu'ils pratiquent, les affréteurs sont en train de déshabiller tout le monde». A 58 ans, avec son bateau de 25 ans acheté en 2003, Frans s'en sort tout juste maintenant que les frets sont remontés à 5 €/t, «à condition qu'il n'y ait pas de casse», précise cependant son épouse belge.

Pour autant, sa solidarité avec le mouvement orchestré par La Glissoire a ses limites. «Les bateliers qui se sont mis dans une situation difficile en achetant des bateaux toujours plus gros, impossibles à financer avec les taux de fret actuels, n'ont à s'en prendre qu'à eux même. L'âge d'or que l'on a connu en 2008 ne pouvait pas durer. Les jeunes bateliers qui ont acheté de nouveaux bateaux sans quasiment d'apport personnel n'ont pas grand chose à perdre en cas d'échec. Nous, c'est toute une vie de labeur qui s'écroulerait».

Des bateliers décidés

Sur le barrage, les visites se succèdent comme celle, amicale, d'un éclusier de Richemont, venu prendre des nouvelles du mouvement et soutenir ses «cousins» bateliers, ou celle, étonnamment prévenante, de policiers en civil. Apparemment, instruction leur a été donnée d'établir des relations de confiance avec les bateliers, en s'intéressant à leur mouvement et en faisant mine de les protéger d'éventuels contestataires qui deviendraient agressifs. D'autres incursions, il est vrai, sont moins bienveillantes. Mercredi, peu après la mise en place du barrage, un convoi poussé néerlandais opéré par des Roumains aurait ainsi tenté un baroud d'honneur devant l'écluse. Le lendemain, les bateliers ont aussi reçu la visite d'individus les menaçant de porter l'affaire au tribunal, au cas où le barrage ne serait pas levé.

«Le secteur est globalement solidaire du mouvement. Les bateliers belges ou néerlandais qui sont bloqués viennent nous voir pour s'informer à propos de nos revendications», indique S. Ferré. «Nous sommes déçus de la réunion intervenue hier avec le ministère. L'élaboration d'un guide de bonnes pratiques va dans le bon sens, mais nous exigeons plus que des promesses, quelque chose d'écrit», conclut-il. «Nous ne demandons pas de frets plancher, mais la mise en place d'un outil permettant d'évaluer le travail à perte», insiste Frédéric Lepercq, un autre batelier présent, qui poursuit : «Nous irons jusqu'au bout, nous n'avons plus rien à perdre».

N. S.

Ndlr : A l'heure où nous mettons en ligne, nous apprenons que vendredi en fin d'après-midi, Silvio Ferré a reçu la visite d'un huissier lui signifiant une ordonnance d'expulsion délivrée par le tribunal de Thionville. Lundi 3 mai à 15 h 00, le barrage était cependant toujours en place.

 
Editions de la Navigation du Rhin - NPI - 5 rue du Port du Rhin - F-67000 Strasbourg
tel. +33 (0)3 88 36 28 44 - fax +33 (0)3 88 37 04 82 - courriel : npi@n-pi.fr- web. http://www.n-pi.fr

Conformément aux articles 39 et suivants de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique,aux fichiers et aux libertés, toute personne peut obtenir communication et, le cas échéant, rectification ou suppression des informations la concernant, en prenant contact avec la société Editions de la Navigation du Rhin.