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Un nouveau pôle colis lourds au port de Strasbourg

Depuis décembre dernier, le port de Strasbourg est le théâtre d’une intense activité de transbordement de colis lourds. Eléments d’éoliennes et de centrales électriques ont investi l’ancien terminal multi-vracs. La société Gutmann, à l’origine de ces flux, compte bien s’y implanter durablement.

 

Le nouveau terminal colis lourd est situé dans le bassin du commerce, face au terminal à conteneurs Nord. Photo Gutmann.

Le nouveau terminal colis lourd est situé dans le bassin du commerce, face au terminal à conteneurs Nord. Photo Gutmann.

Créée en 1963 à Goldscheuer (Sud de Kehl), Gutmann avait pour vocation, à l’origine, de transporter des pièces de béton. L’entreprise s’est rapidement spécialisée dans les transports exceptionnels. Elle dispose aujourd’hui de 35 véhicules et d’une centaine de remorques. Son antenne française, fondée en 2012, complète les bureaux de Dresde et de Mannheim.

La manne de l’éolien

Ces dernières années, Gutmann a multiplié son chiffre d’affaires par trois grâce au développement de l’éolien, qui représente aujourd’hui la moitié de l’activité. Un secteur amené à se développer : « Aujourd’hui, le marché français est comparable au marché allemand… de 2002. C’est dire la marge de développement ! », indique Paul Schmitt, directeur de Gutmann France. Mais pour se faire une place sur ce marché, il faut savoir répondre à des attentes spécifiques, comme celle d’alimenter les chantiers de montage en just-in-time, par exemple. Avec des pièces de plus en plus volumineuses à transporter, le transport fluvial est aujourd’hui privilégié, d’autant que la plupart des constructeurs allemands d’éoliennes ont accès à la voie d’eau (maritime ou fluviale).

Gutmann fait appel à plusieurs grues mobiles pour assurer le déchargement des bateaux et le chargement des camions. Photo Gutmann.

Gutmann fait appel à plusieurs grues mobiles pour assurer le déchargement des bateaux et le chargement des camions. Photo Gutmann.

En décembre 2016, à l’occasion du lancement de la construction de quatre éoliennes en Forêt-Noire, Gutmann a ainsi investi l’ancien terminal multi-vracs du port de Strasbourg. Le transporteur y dispose d’un site de 12 600 m2, desservi par un quai de 320 m et relié à l’itinéraire de convois exceptionnels empruntant l’entrée Sud du port. 16 bateaux ont été traités en deux mois et sept autres unités sont attendues tout au long du mois de mars. Après les quatre éoliennes allemandes – des machines de 140 m de hauteur, composées de plus de 80 pièces allant de 20 à 60 t pour les nacelles – un autre chantier de dimension plus réduite est en effet prévu dans le Jura. Au-delà, c’est tout le quart Nord-Est de la France qui est visé.

« L’utilisation du transport fluvial est envisageable tant que les post-acheminements routiers ne dépassent pas 200 à 300 km. Grâce à cette implantation, nous arrivons à capter des flux qui partaient ailleurs ou qui, tout simplement, n’existaient pas », estime P. Schmitt. Le fait de disposer de capacités de stockage permet en effet à Gutmann de réceptionner la totalité des éléments d’un chantier, avant même son démarrage. Dans le cas du parc jurassien, quatre bateaux seront ainsi traités en quatre jours.

Une activité locale à pérenniser

Les éléments d’éoliennes ne sont pas les seules pièces appelées à être manutentionnées sur le terminal, qui voit passer toutes sortes de constructions métalliques, notamment des éléments de centrales électriques. Photo Gutmann

Les éléments d’éoliennes ne sont pas les seules pièces appelées à être manutentionnées sur le terminal, qui voit passer toutes sortes de constructions métalliques, notamment des éléments de centrale électrique. Photo Gutmann.

Ces possibilités de stockage permettent aussi à Gutmann de réaliser des chargements à l’export. Le bassin industriel local comprend notamment plusieurs constructeurs de structures métalliques. En février dernier, des éléments de centrale électrique fabriqués à Francfort ont ainsi rejoint la Grèce via Strasbourg puis Anvers. « Les synergies sont importantes entre les flux import et export. Avant de disposer du terminal à Strasbourg, ce type d’opération nous échappait complètement ».

Quant aux moyens de manutention, Gutmann fait appel à la société de levage MSG, basée à Kehl-Auenheim et avec qui il partage le même actionnaire. Les colis sont ainsi manutentionnées par deux grues mobiles de 150 et 500 t. « Nous employons des grues de forte capacité parce que nous sommes tenus de ne pas trop nous approcher du mur de quai. La résistance réelle de l’ouvrage, vieux de plus de 100 ans, doit encore être sondée ». Le transporteur envisage cependant de stationner à demeure des grues mobiles de 80 à 750 t. Le terminal pourrait ainsi servir de stock déporté à l’entreprise de levage.

L’objectif de Gutmann est en effet de lisser l’activité sur tout l’année, bien que le secteur de l’éolien soit marqué par des pics d’installation, liés notamment à la météo et au vent. Pour pérenniser son implantation, l’opérateur allemand compte développer d’autres transports exceptionnels et proposer dans ce domaine un concept nouveau : celui de lier transport et stockage des pièces. « Le fait de disposer de cette capacité de stockage à Strasbourg nous permet de tirer parti de la capacité d’emport des bateaux tout en adaptant les acheminements finaux aux besoins des chantiers. Cela évite les mouvements supplémentaires », conclu P. Schmitt.

N. S.

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