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Colas cherche du remblai pour le compte de Delta 3

La plate-forme multimodale Delta 3 à Dourges (62) a engagé sa troisième phase de développement. Chargé de viabiliser une parcelle de 44 ha, Colas recherche plus de 800 000 t de remblai. Un essai d’approvisionnement par voie d’eau a donné satisfaction.

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Le « Galahad » en manutention au quai de Dourges. (Photo E. Dumortier / VNF Lille)

La plate-forme Delta 3 a le vent en poupe et la voie d’eau en profite à double titre. D’abord pour l’approvisionnement en conteneurs des enseignes de la grande distribution qui ont choisi d’y entreposer. En 2016, indique ainsi Xavier Perrin, directeur commercial de la SPL Delta 3, « Nous avons réalisé 450 escales par barges, contre 348 en 2015 ». Ensuite, parce que le fluvial s’inscrit dans la logistique d’approvisionnement en terres de remblai du chantier d’extension de la plate-forme.

Delta 3 mettra quelque 350 000 m2 d’entrepôts supplémentaires sur le marché dans les années qui viennent. 60 000 m2 sont déjà en chantier, 90 000 m2 suivront. Dans le cadre de sa démarche de filière « grands chantiers », la direction territoriale de Voies navigables de France / VNF a ainsi repéré Delta 3 comme la cible marché n° 1 proposée à la voie d’eau. « Nous avons approché le premier titulaire de contrat d’aménagement, Colas », indique Eric Dumortier, responsable développement filières de VNF Lille.

Une déclaration confirmée par Rémi Valle, responsable du chantier d’aménagement d’une tranche de 44 ha de parc locatif. Le terrain concerné, situé en zone instable et humide, « doit être relevé de 1,80 m pour être viabilisé », précise-t-il. Cela représente plus de 1 Mio t de matériaux à recevoir. « Nous recherchons des matériaux limoneux ou crayeux inertes », précise R. Valle. Ce qui signifie des taux de polluants très faibles sinon nuls, qui doivent être certifiés pour chaque lot livré. Des matériaux rares dans ces volumes.

Un centre d’accueil… pour déblais

Les déblais de chantier des uns peuvent devenir les remblais des autres. C’est ainsi que Delta 3 a accepté que Colas fasse de ce chantier un centre d’accueil des volumes issus d’autres chantiers, pourvu que ces terres soient conformes au cahier des charges. Il faut, pour cela, non seulement satisfaire le critère de qualité, mais encore rester dans un budget acceptable. « Le transport est l’élément de prix le plus important », analyse R. Valle. Le camion est inévitable, mais nombre de chantiers viennent de la métropole nordiste ou d’autres agglomérations, dans cette région hyper-urbanisée. Pour éviter les problèmes de congestion routière et réduire les coûts, « nous souhaitons travailler avec la voie d’eau », conclut le responsable.

Une première expérience s’est déroulée avec succès fin janvier, sur une quantité limitée à trois rotations pour le « Galahad », un automoteur de 2 000 t. VNF a proposé le quai public de Dourges, situé à 2 km du chantier. Le négociant et logisticien en matériaux STB matériaux, basé à Templemars, au Sud de Lille, dispose d’une plate-forme de stockage au port lillois, alimentée par les multiples chantiers de la métropole. « Nous avons l’habitude de travailler avec la voie d’eau. C’était la première fois que nous devions livrer à Dourges, ce qui n’a pas posé de problème. Pour cela, nous avons fait appel à nos partenaires habituels : l’affréteur Lalement, et le manutentionnaire Gras », explique le président de STB matériaux, Eric Sapin. STB matériaux a également assuré le brouettage final jusqu’au chantier, grâce à une noria de huit tracto-bennes. De son côté, Colas est satisfait et preneur de nouvelles livraisons : « Nous pouvons prendre sans problème une barge par jour en réception », note ainsi R. Valle.

Où trouver la ressource ?

Reste à trouver la ressource. Dans la profession, on guette le sujet Lillenium, un projet de centre commercial au Sud de la ville de Lille, évalué à plus de 100 000 t de déblais en peu de temps, soit 200 camions de 25 t / jour. Pour le moment, le projet a des allures de serpent de mer. Le promoteur a changé, il serait question d’un premier coup de pelle cette année, mais… Malgré ces vicissitudes, STB matériaux se tient prêt. Avec ou sans Lillenium, VNF et Colas travaillent sur « une multitude de petits sujets dans la région », note E. Dumortier. Voire plus loin, si les frets fluviaux restent ce qu’ils sont aujourd’hui.

Le chantier Delta 3 durera encore deux ans. Il reste 800 000 t à livrer. La course à la ressource est lancée et la massification par voie d’eau est l’une des clés du problème.

A. S.

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