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La place des villes au sein d'une Europe des régions
Lors de la 6e conférence des villes durables de Dunkerque, une session spéciale organisée pour les maires et autres édiles municipaux s'est tenue jeudi 20 mai à 17 h 30.
Pour pallier l'échec du sommet de Copenhague consacré au changement climatique, réservé aux gouvernements nationaux, les maires œuvrant au sein du Comité des Régions d'Europe, ont réclamé une part plus importante dans la prise de décision. Même s'il ne s'agit plus d'instaurer une lutte des Guelfes et des Gibelins dans une Italie citadine du XIIIe et XIVe siècle, ce sont les premiers magistrats des villes qui assurent la cohésion territoriale de leurs municipalités et sont aux avant-postes de la lutte contre les changements climatiques et de la mutation des villes en métropoles durables.
Pour André Rossinot, maire de Nancy et ancien ministre, le développement durable passe par la cohésion sociale et territoriale, mais aussi la santé, la formation et l’éducation. Dans le cadre d'un atelier consacré à la Charte de Leipzig qui est un document sur la ville européenne durable, adopté en date du 24 mai 2007, mettant en avant les villes européennes traditionnelles comme un bien économique, social et culturel précieux et irremplaçable,issue d’une concertation entre les 27 ministres européens de la Construction et de l’Urbanisme, et élaborée avec une large participation des groupements d’intérêts européens, A Rossinot a porté une parole forte, soulignant l'intérêt de confronter les expériences entre les différentes conurbations. Afin de pouvoir avancer dans le sens d’une ville durable, il est nécessaire de mettre au point des instruments de mesure, de coproduire des référentiels afin d’aboutir à un code de bonnes pratiques. «Une politique durable s’évalue régulièrement mais ne se décrète pas», a souligné le président de la Communauté urbaine de Nancy.
La session des maires réunissait sur la tribune des conférenciers, outre l'hôte de la manifestation, Michel Delebarre, Emilio d'Alessio, architecte et urbaniste italien, ancien président de l'Agenda local 21 d'Italie, Klaus Bondam, adjoint au maire de Copenhague, Denis Baupin, adjoint au maire de Paris, et Alain Juppé, maire de Bordeaux et ancien Premier ministre, malheureusement arrivé en retard pour cause d'un arrêt du TGV en rase campagne.
Le maire de Dunkerque a souhaité que l'Union européenne apporte une plus grande attention au fait urbain, soulignant qu'une partie des fonds européens ne pouvait être affectée au logement social que depuis peu. Les maires sont en première ligne pour tenter de lutter contre la disparition des services publics, notamment postaux, et empêcher la ghettoïsation urbaine. Le député-maire de Dunkerque a également souhaité que la Commission européenne promeuve plus massivement le transfert modal du transport de fret en faveur de la navigation fluviale, des autoroutes de la mer – qui dans les discours officiels sont évoqués sans cesse sans que les crédits afférents du type Marco Polo ou des schémas des RTE-T/Réseaux transeuropéens de transport soient correctement ventilés et efficaces, souffrant par ailleurs d'indigence budgétaire chronique.
Pour E. d'Alessio, les villes doivent être directement représentées au sein de la CE, où un dialogue direct est difficile à trouver, alors que le Comité des Régions pourrait en être un médiateur.
Ronan Dantec, adjoint au maire de Nantes, a exprimé depuis la salle le souhait que les fonds structurels servent à rénover les infrastructures de transport anciennes existantes dans les villes d'Europe centrale – à l'image des réseaux de tramway et de trolleybus -, parmi les entrants dans l'UE de la vague de 2004 et de 2007, plutôt que de les investir dans la construction d'autoroutes, afin de prévenir le changement climatique qui pourrait bénéficier de 50% des fonds de relance, affectés au paquet Energie-Climat.
Le député-maire de Dunkerque, à la veille de l'adoption par la conférence d'une déclaration sur le changement climatique, souligna qu'il était important de s'inscrire dans la logique des demandes antérieures, afin de ne pas affaiblir la pression sur les Etats et les gouvernements.
Stefan Hugo Winters, adjoint au maire de Hambourg en charge du développement urbain et de l'environnement, intervenant depuis la salle à propos de la nomination de la cité hanséatique comme «capitale verte» en 2011, a expliqué que les conurbations étaient à l'origine des pollutions et du changement climatique et devaient évoluer en conséquence, en prenant des initiatives et en promouvant la prise de conscience de cet état de fait.
Klaus Bondam a insisté sur le fait que toutes ces différentes initiatives ne devaient pas seulement être limitées à l'Union européenne, mais devaient être coordonnées à l'échelle planétaire.
Pour Alain Juppé, la conviction que les villes ont un rôle majeur à jouer dans le sauvetage de la planète et contre le changement climatique est fortement ancrée, bien avant son passage éclair au ministère de l'Ecologie et du développement durable. «L'engagement des villes est rendu plus nécessaire par la faute de la crise et le scepticisme se répandant dans l'opinion publique», a-t-il souligné. A Bordeaux, le concept de développement durable se décline en un volet économique, avec une pépinière éco-créative, et 10 ha de panneaux photovoltaïques, pour lesquels l'ancien Premier ministre a engagé une action en justice contre l'Etat français, qui, par décret rétroactif (une nouvelle loi Le Chapelier ?), a porté le prix de rachat de l'énergie produite par ce mode à 48 centimes d'euros contre 60 auparavant. Le volet social n'est pas absent, afin d'éviter une nouvelle fracture entre ceux qui ont les moyens d'acheter des ampoules basse consommation ou de s'équiper en chaudières à biomasse, et ceux qui ne les ont pas. «Il y a une opportunité extraordinaire de changer de mode de vie. Quand on écoute certains écologistes, il faudrait en revenir à une vie monastique, s'éclairer à la bougie et se déplacer en diligence». Plutôt que d'évoquer le terme de «décroissance», A. Juppé préfère le concept de «sobriété heureuse», suffisamment mobilisateur pour la population.
Ch. P.
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