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Réforme portuaire : le gouvernement se rétracte
« Le gouvernement est déterminé à mener la réforme portuaire à son terme », a fait savoir Thierry Mariani, secrétaire d’Etat aux Transports, le 13 janvier dernier. « Je demande aux partenaires sociaux de concrétiser dans les meilleurs délais le volet social d’une réforme portuaire indispensable à l’avenir de nos grands ports maritimes », a-t-il ajouté, précisant « qu’aucun accord du gouvernement n’avait été donné jusqu’à ce jour ».
Une version contredite par lesdits partenaires sociaux, tant du côté des représentants des employeurs que des salariés. Les négociations sur la pénibilité avaient été engagées dès 2005, dans le cadre de la loi Fillon, entre les entreprises de manutention, réunies au sein de l’UNIM, et les syndicats dockers. Depuis l’accord-cadre d’octobre 2008, ils ont été rejoints par les représentants des Ports et de leurs salariés, pour des négociations visant à l’élaboration d’une nouvelle convention collective commune aux ports et à la manutention et prenant en compte la pénibilité. Le 7 mai 2010, ces négociations se sont conclues sans que ne soit tranchée la question de la pénibilité. Les discussions se sont alors poursuivies à propos de cet unique sujet, sur fond de grève portuaire.
« Petit à petit, nous sommes arrivés à déterminer les points d’ancrage qui mènent à un accord », explique Xavier Galbrun, délégué général de l’UNIM. « Fin octobre, nous avons eu l’aval du cabinet de Jean-Louis Borloo quant aux travaux menés. Mais après le remaniement ministériel, cet aval a été remis en cause en raison d’interférences avec la réforme des retraites. Revenir sur cet accord nous obligerait à nous aligner sur le mandat de négociation donné par l’Etat à l’UPF. Or il n’est pas question pour l’UNIM de reprendre sa parole : nous jouons notre crédibilité pour les négociations futures ».
La réforme ajournée ?
La FNPD-CGT a des mots encore plus durs à l’endroit du gouvernement. Le syndicat, majoritaire dans le secteur portuaire, avait mis les grèves en veilleuse fin octobre en constatant la proximité d’un accord. Mais le 10 janvier dernier, ses représentants faisaient part de leur « colère » et se déclaraient « stupéfaits de constater que le gouvernement remet en cause les négociations précédentes et surtout l’accord adopté. Le gouvernement revient sur plusieurs points : périmètre des salariés concernés ; anticipation [du départ à la retraite] de deux ans au lieu de quatre ; dispositif conventionnel mais d’une durée limitée ». Autant de mesures perçues comme inacceptables par la FNPD qui a lancé sans tarder un appel à la grève. Fait exceptionnel, la CSOPMI, syndicat docker majoritaire au port de Dunkerque, a également lancé un appel à la grève pour la journée du 20 janvier, alors que le dernier blocage du port septentrional remonte à 1992.
Et si la longue période de dialogue, voulue à l’origine par Dominique Bussereau pour que la réforme passe en douceur, était justement à l’origine du blocage actuel ? C’est ce que suggère Jean-Paul Sandraz, président du conseil de surveillance du Grand Port maritime de Bordeaux : « Une loi qui nécessite deux ans pour être mise en oeuvre pose quelques problèmes, car il y a un risque de téléscopage avec un autre dossier. Ce fut le cas, pour la réforme portuaire, avec celle des retraites. Le remaniement ministériel a surtout mis en lumière le point d’achoppement de la réforme. Les dernières simulations étaient plutôt favorables à l’UNIM, car le coût des retraites anticipées pesait en majorité sur les Ports et donc sur l’Etat ».
Que se passerait-il si aucun accord n’était trouvé dans les délais impartis, c’est à dire avant le mois d’avril ? Les interlocuteurs interrogés se refusent à imaginer une telle hypothèse. Un nouveau retard repousserait la réforme portuaire aux calendes grecques.
E. B.

