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Vendredi 15 Janvier 2010

Des petits gabarits bourrés de technologie


De par son positionnement sur les trafics Nord-Sud, l'affréteur fluvial Overmeer utilise beaucoup de bateaux de petit gabarit qui passent par le canal du Nord. Dans la double optique de continuer à utiliser cette voie d'eau dans les années à venir et de préparer la mise en service, à plus long terme, de Seine Nord Europe, il a imaginé la construction d'une flotte innovante, capable de s'adapter aussi bien aux canaux à petit ou grand gabarits. «Nous sommes confrontés à la disparition des unités à petit gabarit», déplore Johan Overmeer, qui dirige la société familiale depuis 1980. «D'où l'idée de développer le bateau à petit gabarit du futur, qui ne soit pas destiné seulement à la France mais à tout le réseau fluvial à petit gabarit européen».

Il ne s'agit pas uniquement pour Overmeer de construire des péniches comme on le faisait au XXe siècle. C'est une longue liste d'innovations et d'adaptation de nouvelles technologies à la voie d'eau que propose le projet Q-Barge : «Q pour qualité de la cale, Q pour quantité supérieure de marchandise chargée par rapport à un bateau de même dimension, Q pour quatre, puisque ces bateaux seront, dès leur conception, prévus pour être assemblés par quatre. La seule chose que l'on peut comparer avec un bateau actuel, c'est que les deux flottent», résume J. Overmeer.

Innovation à tous les étages

Chaque unité fera 45 m de longueur pour 5,72 m de largeur, ce qui leur interdit l'accès au réseau Freycinet mais leur permet d'accéder, selon leur concepteur, à 95% des voies fluviales européennes. Leur capacité d'emport est de 355 t à 1,90 m d'enfoncement et atteint 580 t à 2,80 m. Surtout, la possibilité de former des convois avec ces bateaux leur confère une grande souplesse d'exploitation : deux Q-Barges pourront ainsi être réunies en flèche pour le passage du canal du Nord, dont les écluses seront ainsi pleinement exploitées, puis le couplage des deux convois ainsi formés donnera à son tour naissance à un convoi de quatre barges pour la navigation sur l'Oise. Ces convois pourront desservir un ou plusieurs clients et transporter jusqu'à quatre produits différents, y compris des conteneurs (jusqu'à 24 EVP par barge, selon leur poids). La possibilité est également prévue de transporter des conteneurs reefer ou encore des palettes grâce à la présence de grues sur certains bateaux. Le transfert en temps réel au client d'informations de géolocalisation ou de température vise à conquérir le marché des produits alimentaires finis, aujourd'hui réservé à la route. «Avec la flexibilité de ce bateau, nous comptons attirer de nouveaux clients vers la voie d'eau», déclare J. Overmeer. «Notre objectif est de mettre sur le marché une nouvelle norme de barges, comme le conteneur de 20' ou le camion de 13,60 m. Quant aux matériaux et techniques employés, nous nous contentons d'utiliser ce qui existe par ailleurs en l'adaptant au transport fluvial en le réunissant à bord d'un même bateau».

Chaque unité aura son propre système de propulsion, avec un moteur diesel électrique respectant la norme Euro 5 applicable au transport routier de marchandises, beaucoup plus stricte sur les émissions de CO2 et de particules que celle régissant les bateaux fluviaux. Les innovations concernent également la navigation, avec un pilotage assisté par ordinateur et un positionnement automatique par GPS. Enfin, un grand effort a été fait pour concevoir une coque plus légère, permettant une plus grande capacité d'emport, avec l'emploi de matériaux composites pour la construction des panneaux d'écoutille afin de gagner du poids et d'éviter la condensation.

Un bateau sans logement

La principale innovation de ces Q-Barges concerne leur exploitation elle-même : ce n'est pas le marinier qui chargera, déchargera et nettoiera la cale, ces opérations étant effectuées par des équipes spécialisées. Les bateaux n'intègreront pas non plus de logement. «Quelque soit le trajet, plusieurs mariniers se relaieront, en changeant de bateau lorsqu'ils se croisent pour rentrer chacun chez soi le soir», explique ainsi J. Overmeer. «Comme personne n'habite à bord, le bateau peut être chargé ou déchargé n'importe quand : en cas d'immobilisation, personne n'est bloqué à bord. Cette organisation présente l'avantage de pouvoir recruter des navigants qui ne sont pas forcément issus de la batellerie mais ont été formés dans une école spécialisée. C'est notre contribution pour résoudre le problème du manque de petite cale et de mariniers. Mais on ne veut surtout pas dire aux mariniers actuels d'arrêter : nous aurons besoin de tout le monde une fois la crise terminée».

Une telle organisation nécessite la réalisation d'un grand nombre de bateaux pour que les mariniers se relaient efficacement. Deux prototypes seront construits l'an prochain et livrés au plus tard à l'été 2010. Une fois ces prototypes testés, Overmeer envisage la construction de 20 barges, à raison d'une par mois à partir de 2011. Le prix et le lieu de construction ne sont pas encore connus, mais c'est certainement un chantier d'Europe occidentale qui aura le marché, la coque ne devant pas constituer la majeure partie du prix de construction.

E. B.


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