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Jeudi 17 Septembre 2009

La filière pneumatique se met à l’eau


L’élimination des pneumatiques en fin de vie est depuis 2002 de la responsabilité des fabricants. Aliapur collecte, fait transformer et expédie ainsi les pneus usagés pour le compte de ses actionnaires-clients qui représentent 85% du marché. «Il s’agit d’un marché concurrentiel. Cela pousse à professionnaliser l’action, en offrant un service de qualité aux utilisateurs tout en valorisant le produit», indique Pierre-Henri Rémy, responsable logistique d’Aliapur.

A l’heure actuelle en effet, Aliapur paie pour la valorisation des pneus qu’elle collecte : Mais le développement d’utilisations «nobles» (revêtement d’aires de jeux et de terrains sportifs, sols équestres, combustible non fossile) donne l’espoir à ses responsables de pouvoir en faire un jour une marchandise «comme les autres». D’ores et déjà, l’offre de broyats de pneus sera cette année inférieure à la demande, permettant ainsi à Aliapur de choisir, entre les différentes applications, celles qui lui paraissent les plus favorables.

Le maritime élargit l’horizon

Au risque de privilégier les solutions offrant le moins de contraintes de transport ? Pas absolument. Il est vrai qu’Aliapur a développé ses exportations, qui aujourd’hui représentent un tiers des volumes expédiés, parce qu’il n’existait pas suffisamment de solutions en France lui permettant de répondre aux obligations légales d’élimination. La maturation du marché national devrait ainsi forcément entraîner une baisse des exportations.

Pour autant, les solutions intéressantes ne sont pas forcément les plus proches. Depuis l’an passé, l’approvisionnement d’une chaufferie urbaine en Suède permet ainsi à Aliapur de donner une valeur positive à ses broyats, tout en bénéficiant d’un transport maritime peu onéreux. 5 à 6 expéditions sont prévues depuis Bordeaux cette année, pour un trafic de 15 000 t au total. Quant à la Finlande, vers laquelle Aliapur a expédié trois navires en 2007 et 2008, son avantage est d’accepter des broyats pour lesquels aucune solution n’existe en France.

Le transport est pratiquement toujours à la charge de la filière. Aliapur s’attache donc à concentrer ses expéditions maritimes sur les ports situés à proximité des lieux de transformation. Le transport fluvio-maritime ne déroge pas à la règle. Du fait de la géographie de ses implantations, seuls le Rhône au départ de Salaise – 7 à 8 expéditions à destination du Maghreb sont prévues en 2009 – et la Seine au départ de Saint-Aubin-les-Elboeuf (au rythme de 3 à 4 expéditions par an) sont concernés.

Fluvial : il faut la foi

«L’utilisation de la voie d’eau dépend de beaucoup de facteurs, notamment de la disponibilité de navires fluvio-maritimes. Les solutions sont vite limitées par les contraintes économiques», indique le responsable logistique. Aliapur est en effet une filière de recyclage privée, ne bénéficiant d’aucune subvention publique. Si sa vocation n’est pas de faire des bénéfices, elle se doit cependant de ne pas franchir un certain seuil en terme de coût du recyclage, fixé chaque année par le conseil d’administration de l’association. Il est cette année de 1,50 € par pneu. «Certes, nous travaillons dans le domaine de l’environnement ; si nous n’utilisons pas les modes alternatifs, qui le fera ! Mais le fluvio-maritime n’est choisi que s’il n’est pas plus cher que le schéma route + transport maritime», note P-H. Rémy.

Dans les transports terrestres, la route risque pour longtemps encore de rester le mode privilégié d’Aliapur : «Elle a l’avantage d’être porte-à-porte. Le fluvial est une logistique plus compliquée, avec des ruptures de charge et des stockages intermédiaires qui posent vite problème. Je travaille sur 2-3 possibilités, mais il faut avoir la foi. La voie d’eau a certes des avantages écologiques qui vont bien avec notre activité, mais elle pèche par la multiplicité des interlocuteurs à contacter», poursuit-il.

En 2008, Aliapur a collecté près de 302 000 t de pneus usagés. 83 000 t de broyats ont été exportées par voie maritime et fluvio-maritime, dont 50 000 t vers le Maroc. Les volumes gérés en 2009 seront inférieurs de 5% à ceux de l’année 2008. Une évolution que P-H. Rémy attribue à la précédente croissance du prix du pétrole, qui a freiné les ventes de pneumatiques en 2008(*). Dans ce volume les expéditions maritimes et fluviomaritimes devraient représenter 75 000 t. «Chaque nouvelle application nous amène à revoir notre logistique. Il s’agit souvent d’approvisionner de nouveaux clients à proximité desquels nous ne disposons pas forcément de prestataire s».

N. S.
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(*) Les volumes gérés par Aliapur correspondent à la totalité de la production de ses clients l’année précédente.



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