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Un Grand Projet
C’est une véritable leçon de science politique qu’a voulu donner Nicolas Sarkozy lors de son intervention à Nesle le 5 avril dernier. Evoquant Louis XIV et Versailles, l’Exposition universelle de 1900 et la tour Eiffel, le Général de Gaulle et l’aéroport de Roissy, le chef de l’Etat a placé Seine Nord Europe au rang de ces projets qui n’auraient pu se faire sans la volonté ferme d’aller au-delà des contingences politiques, au-delà des intérêts particuliers dont la somme «ne fait pas l’intérêt général». Un discours qui laissait de côté les considérations partisanes pour mettre en valeur ces décisions structurantes qui, bien que difficiles à prendre du fait notamment de leur implication financière - en particulier en temps de crise économique -, n’en demeurent pas moins nécessaires.
«La France n’avait pas construit de grand canal depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale», a rappelé N. Sarkozy. «Cela fait partie de ces sujets qui sont au-delà de la politique partisane : il en verra des gouvernements, le canal Seine Nord...». Et le président de la République de conclure : « C’est pas la gauche, c’est pas la droite, c’est pas l’opposition, c’est pas la majorité : c’est la France. C’est pour cela qu’il y a possibilité avec les élus, notamment de terrain, de s’entendre ».
Si la question des infrastructures de transport semble de prime abord un sujet trop technique pour prêter le flan à un duel de partis, le boulet, en effet, ne sera pourtant pas passé loin de Seine-Nord. Longtemps, au contraire, le projet de canal aura été l’objet de luttes dépassant (ou plutôt réduisant) les enjeux de la voie d’eau. Le financement de la future liaison est ainsi devenu un des tenants de la querelle opposant l’Etat aux collectivités locales au sujet des compétences et des moyens accordés à ces dernières. Est-il besoin de rappeler un précédent fâcheux : l’abandon du canal Rhin-Rhône, dont la décision correspondait bien plus à un arbitrage partisan, voire personnel, qu’à une réflexion socio-économique ?
Le consensus affiché pour Seine-Nord laisse espérer que la réalisation du canal est désormais irréversible. A un an de l’échéance de 2012, nous ne sommes cependant pas à l’abri d’un retournement de situation. L’allusion de Daniel Percheron à des collectivités territoriales «bons soldats» dans le financement du projet, à condition d’être elles-mêmes suffisamment écoutées par l’Etat, est ici pour le rappeler. D’autant que pour pleinement réussir, la liaison aura besoin de l’implication de l’ensemble des acteurs sur son territoire.
Nathalie Stey
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